Épisode 1

L’océan recouvre aujourd’hui plus de 361 millions de kilomètres carrés. Il contient près de 1,33 milliard de kilomètres cube d’eau. Il est essentiel à notre propre vie et pourtant, nous le pillons, nous le polluons, nous l’assassinons! Il y a tout juste un mois, le 8 juin, que s’est célébrée la Journée mondiale de l’Océan, fruit du Sommet de la Terre, à Rio de Janeiro, en 1992. Innombrables sont les personnes qui se demandent pourquoi on parle tantôt de l’océan et tantôt de la mer.

Océan ou mer… quelle est la différence ?

Récemment, un de mes amis me disait qu’il avait mémorisé AAAIP comme sigle mnémotechnique pour citer les océans: Atlantique, Arctique, Austral, Indien, Pacifique. Il faut aussi se souvenir que les cinq océans communiquent entre eux et qu’en désignant les cinq océans on peut parler d’océan mondial. Mais, mon ami, lui aussi, se posait cette question de différence.

Comme la mer me passionne depuis ma tendre enfance, il m’a semblé raisonnable de lui répondre par quelques réponses toutes simples, bien que le sujet soit évidemment très complexe. « En clair », dis-je à mon ami, « il y a différents critères qui distinguent les mers des océans. Il y a d’abord la profondeur.

Regardez:

Je savais que, contrairement à la première réponse que je donnais à mon ami, les scientifiques évoquent d’abord les dimensions, car un océan est bien entendu beaucoup plus étendu qu’une mer. Jugez plutôt. L’océan Arctique est quatre fois plus étendu que la plus grande des mers, soit celle de l’Arabie. Les mers elles-mêmes sont subdivisées en deux grandes catégories. Il y a les mers bordières, disposées le long du contour des océans, circonscrites par des péninsules et des îles et les mers enclavées ayant des caractéristiques qui leur sont propres. Cette seconde catégorie, appelée aussi mers annexes, communiquent avec l’océan uniquement par un détroit et sont cernées en quasi-totalité par des terres émergées. Pour nous, Européens, le meilleur exemple et le plus proche, c’est la Méditerranée. Elle est reliée à l’Atlantique par le détroit de Gibraltar.

La caractéristique hydrologique de la Méditerranée est très différente de celle de l’océan.

L'île de Zante, en Grèce.

(cf. l’article de Philippe Monnier, dans le  hors-série #1 de Découverte magazine)

Enclavée, la Méditerranée est forcément assujettie à une très forte évaporation. Par conséquent, elle est plus salée que l’océan mondial. Enfin, les mers ont une bien plus grande diversité biologique que les océans. Et revenons à eux, nos chers océans.

La protection des océans: Il y a urgence à changer radicalement d’approche

Ce n’est malheureusement pas encore la conclusion de cette Journée mondiale, mais de Chris Armstrong, un politologue britannique militant pour que les nombreuses menaces pesant sur l’océan fassent enfin l’objet d’une gestion durable[1]. « Les océans », dit-il en substance « sont essentiels à la vie sur notre planète. Ils régulent le climat, produisent la moitié de l’oxygène créé sur Terre et nourrissent une grande partie de l’humanité. » Cet auteur a raison, car les océans à eux seuls apportent 50% de l’oxygène que nous respirons. L’Océan est donc bien plus important que l’Amazonie pour l’oxygénation de notre atmosphère. Et Chris Armstrong de conclure: « Pourtant, les océans sont trop souvent les grands absents des politiques environnementales. A tel point qu’ils sont aujourd’hui mis en péril par toutes sortes de menaces: surpêche, pollutions, réchauffement des eaux, acidification…

Néanmoins et paradoxalement, l’océan est très réglementé. D’innombrables accords internationaux stipulent les règles à respecter au niveau de l’océan: navigation, pêche, exploitation des ressources. Ces accords et conventions ont aussi généré une multitude de règlements et le droit des océans est progressivement devenu une problématique fondamentale du droit international[2]. Actuellement, nonobstant toutes ces règles internationales, les océans sont à peine protégés juridiquement, car face à leur immensité, que représentent 12 pour cent de protection? Au demeurant, à peine 1% des océans est classé réserve naturelle. Un pourcentage ridicule depuis que l’humanité sait que le pouvoir économique, culturel, politique et surtout militaire appartient depuis toujours à ceux qui ont appris – ou apprendront encore comme les Chinois en 2022 – à maîtriser la mer et les ports. On sait aussi aujourd’hui qu’au rythme actuel, vers 2050 au plus tard, il y aura davantage de plastique que de poissons dans l’eau. Chaque année, près de 9 millions de tonnes de matière plastique sont déversés dans nos océans. Ce n’est pas une blague. Pensez aux milliards de masques en plastiques qui ont été et sont encore produits pour tenter en vain de juguler les diverses vagues de la pandémie. Est-ce que les dauphins se révolteront contre cette situation gravissime? Autrement dit, tout reste à faire pour protéger nos mers et nos océans.

À suivre  


[1] Chris Armstrong, Yale University Press, février 2022, cité aussi dans le magazine de référence scientifique no 570 (juillet -septembre 2022) page 133

[2] Je vous le dis en tant qu’ancien juriste.