Je ne suis ni Madame Soleil[1] ni un futurologue. Mais je m’interroge souvent sur notre avenir. Où en serons-nous en 2050? Lorsque l’on explore l’avenir, surtout à long terme – disons pour le quart de siècle suivant –, il nous faut forcément choisir entre les questions et défis à approfondir. Quels sont tous les autres défis à relever que nous avons laissés de côté? Et qui auraient alors pu complètement changer la donne? Qui, il y a quelques années, aurait cru qu’une terrible guerre soit de nouveau possible en Europe? Quelles nouvelles technologies, crises financières ou modifications climatiques nous attendent-elles? L’avenir est peu prédictible, je sais, mais il est quand même intéressant de nous pencher sur quelques points.

L’environnement géopolitique

Quel sera l’environnement géopolitique mondial? La désoccidentalisation du monde se poursuivra-t-elle? Pour le moment du moins, la Chine se transforme littéralement en forteresse face au reste du monde. Les grandes puissances établiront-elles de nouvelles règles du jeu? Quelle sera alors l’influence internationale qu’étendra la Chine dans le monde eu égard aux difficultés de l’Occident? Les récentes révoltes des Chinois dans nombre de parties de l’Empire du Milieu relatives à la politique du zéro Covid sauront-elles modifier à long terme une politique plutôt répressive? Et que dire des émeutes en Iran? L’Europe très vieillissante saura-t-elle s’adapter aux changements démographiques? Car il est clair que si le fossé se creuse de plus en plus entre l’Orient et l’Occident, c’est incontestablement aussi à cause d’une divergence démographique. Et elle est de taille! Sur les 8 milliards d’homme que veut bien porter notre Planète bleue, l’Occident ne compte que 1,3 milliard de citoyens contre 3,6 milliards pour l’Orient.

Femme jeune, femme vieille.

Aussi le vieillissement d’une population pèse-t-il énormément sur une économie. Or, une forte augmentation de l’intelligence artificielle, c’est-à-dire des capacités cognitives humaines par la machine pose d’ores et déjà des problèmes économiques. Elle en pose d’ailleurs aussi d’autres de nature éthique et sécuritaire. Puis en termes de biodiversité. Qui risque une importante perte.  Le fossé abyssal entre l’Orient et l’Occident est également le fruit des régimes politiques autoritaires. D’où la difficulté d’une coopération fructueuse dans la gestion des risques planétaires, à commencer par la lutte contre le dérèglement climatique. Il y a aussi un autre antagonisme crucial entre l’Occident et l’est. Le premier souhaite construire un ordre mondial fondé sur des règles. Le second milite en faveur de la destruction d’un système international jugé inféodé à l’Occident pour le remplacer. La Russie, la Chine et d’autres puissances émergentes, telles que l’Afrique du Sud, l’Arabie saoudite, le Brésil, l’Inde, l’Iran, le Nigeria et la Turquie ont pris en aversion l’ordre mondial fondé en 1945 et du coup l’Occident… Que faire?

Que des problèmes à résoudre…

Qu’en sera-t-il de la dédollarisation? Connaîtrons-nous une crise de la dette, un éclatement de la bulle des actifs, une érosion de la cohésion sociale?

Les toutes nouvelles technologies atténueront-elles en contrepartie les difficultés d’ordre climatique, pathologique, économique? Je ne voudrai pas être pessimiste, mais cela ne sera possible que si les avancées technologiques défavorables ne prennent pas le dessus. En effet, adopter de nouvelles technologies c’est aussi faire face à des problèmes d’une nature toute nouvelle. Autrement dit, nouvelles technologies, nouveaux problèmes. D’ores et déjà, la guerre d’Ukraine a provoqué un retour très massif vers les énergies fossiles en Europe, ainsi que vers le nucléaire. Pis, l’Allemagne produira dès l’année prochaine le tiers de son électricité à partir du charbon, tout comme la Chine du reste qui le fait hélas! à très, très grand échelle. La production de piles pour les véhicules électriques n’est peut-être pas non plus la plus saine en termes de pollution.

Une lueur d’espoir

Une grotte de glace.

Que faire face au changement climatique ? Y aura-t-il davantage de tempêtes, d’inondations extrêmes comme récemment en Italie, par exemple? Comment se comporteront les glaciers et les calottes glacières?

Et qu’en sera-t-il réellement de l’élévation du niveau des océans et des mers? Heureusement, une photosynthèse artificielle vient d’être mise au point par des scientifiques. Plus efficace que la photosynthèse naturelle, elle a permis de créer du méthane, donc un combustible, qui pourrait aider à compenser la diminution des énergies fossiles[2]. Tout n’est donc pas perdu et il y a certainement de l’espoir dans beaucoup de domaines!

Les progrès fulgurants de la médecine

Il a lieu ici d’évoquer les nouvelles donnes en chirurgie et en chirurgie assistée par ordinateur. Mais aussi les découvertes prometteuses d’un lien entre la migraine et des modifications des espaces périvasculaires du cerveau. Ou encore de nouvelles voies prometteuses de traitement contre la maladie d’Alzheimer et d’autres maladies liées à l’agrégation de protéines, comme la maladie de Parkinson et les maladies du motoneurone[3]. Dans deux ans à peine, nous aurons vécu le premier quart du 21e siècle. La médecine ophtalmologique a déjà fait de grands progrès. Peut-on aller plus loin encore? Ce sujet est évidemment crucial, puisqu’il y va de l’un de nos sens les plus importants.

à suivre.

Prochain article: Que nous réservent les progrès de la médecine? Avec une interview exclusive avec le professeur de médecine André Mermoud (cf. aussi https://decouverte-mag.com/vision-for-all-andre-mermoud-le-professeur-au-grand-coeur/).

Yves Rebaud publie souvent des textes scientifiques dans notre magazine. Voyez, par exemple, Biologie humaine : les défis d’aujourd’hui et de demain ou La surpêche, un fléau mondial.


[1] Célèbre voyante-astrologue aujourd’hui décédée.

[2] https://www.science-et-vie.com/nature-et-enviro/photosynthese-artificielle-biochimie-methane-combustible-energies-fossiles-95281.html

[3] Ces maladies se caractérisent par une perte progressive des neurones moteurs entraînant des troubles de la motricité et une paralysie progressive. Ces maladies neurodégénératives étaient assez rares, mais curieusement elles ont tendance à augmenter.