C’est dans Alpes valaisannes que j’ai rencontré un jeune homme sportif. Nul doute à ce sujet, car il portait un équipement d’alpiniste. Il est âgé d’à peine 27 ans. Bien qu’il y ait une différence d’âge considérable entre nous deux, le courant a cependant tout de suite passé. Tant et si bien qu’à nouveau, je puis vous raconter une belle rencontre. Une de ses rencontres inoubliables et qui nous rend heureux, sinon content. Je vous rapporte ici d’abord son activité d’alpiniste. Sa seconde et activité de géologue est réservée au 2e épisode.

Souvent, en montagne, avant que le soleil et un magnifique paysage se dévoilent, nous voilà dans le brouillard. Cet homme jeune s’appelle Loïc Perez. D’emblée, nous décidons de nous tutoyer pour que notre rencontre soit plus chaleureuse.

Loïc Perez, guide de haute montagne dans le Valais suisse.

CG: Loïc, comment es-tu devenu alpiniste ?

Loïc Perez, guide de haute montagne dans le Valais suisse.

LP: C’est une longue histoire et qui remonte d’ailleurs à mon enfance. Depuis tout petit, je suis animé quant à l’idée d’explorer la nature sous toutes ces formes. C’est ainsi que j’ai commencé par explorer les forêts autour de chez moi, puis petit à petit, je me suis tourné vers un milieu encore plus sauvage : celui de la haute montagne! Je découvre par moi-même les techniques de cordes qui sont nécessaires pour évoluer sur des hauts sommets. Puis nous partons, mon papa et moi, à la quête des premiers vrais sommets d’alpinisme. Plus tard, nous partirons même en Amérique du Sud, au Pérou, gravir quelques hauts sommets. J’ai trouvé cela absolument extraordinaire et excitant. Les années passent et je décide de me lancer dans la formation de guide de haute montagne, afin de faire de ma passion un métier. Parallèlement, je fais également des études de géologie en me spécialisant dans les risques naturels, ce qui est très complémentaire avec la pratique de l’alpinisme.

CG: Comme annoncé à nos lecteurs, nous reviendrons sur ton job de géologue au 2e épisode. Mais dis-moi d’abord pourquoi aime-t-on la montagne?

LP: Pourquoi aime-t-on la montagne? Rien de plus simple! C’est une recherche du bonheur. On a des émotions incroyables en montagne. Là, tu me vois face à un coucher de soleil en automne.  

Que ce soit au sommet d’une montagne, sur une arête, sous terre, dans les airs, sur ou sous l’eau, on y retrouve des émotions particulières. Je dirais qu’il y a là une dimension mystique, quelque chose d’inexplicable. Moi, face à ce paysage féérique, je suis ému. Pas toi?

CG: Qui ne le serait-pas? Remarque que l’on peut aussi être saisi d’émotion par la mer. Mais que dire encore sur ton amour de la montagne?

LP: Tu vois, pour moi, la montagne me donne tant d’occasions de partager une aventure avec d’autres montagnards comme moi. D’aucuns ressentent, par exemple, l’énergie des arbres…

CG: Oui, on les appelle arbrologues[1] et la Rédaction m’a confié de faire prochainement un reportage à ce sujet.  Et toi, tu ressens toutes les énergies que déploie la nature, n’est-ce pas?  Après tout, en tant que géologue, n’es-tu pas aussi à l’écoute des glaciers?

LP: C’est ça ! Il faut dire qu’en montagne, on fait de splendides rencontres. C’est comme si la hauteur  effaçait les différences et que dans les rencontres que l’on peut y faire, nous sentions finalement que l’on est UN avec l’autre. De plus, tu comprendras aussi aisément que la montagne et ces paysages me mettent en quelque sorte aussi en symbiose avec les milieux artistiques permettant de représenter visuellement des émotions, comme les œuvres du peintre suisse contemporain Bernard Garo. (NDLR voir notamment https://decouverte-mag.com/bernard-garo-peindre-et-photographier-est-un-voyage/ )

CG: Être alpiniste ne te fait-il donc pas peur? Bon, moi, je crains le vide et c’est pourquoi je suis plus à l’aise en plaine. Être sportif, c’est incontestablement bien, mais l’alpiniste en toi que recherche-t-il finalement ?

Verticalité : alpinisme sur une paroi rocheuse dans le Valais suisse.

LP : Regarde d’abord cette photo, car c’est en bref, ma réponse à ta question.

C’est moi qui grimpe là. Bien sûr que les risques sont omniprésents en montagne ou dans n’importe quel milieu naturel. Mais on apprend à les gérer et à la diminuer au maximum. Et puis, l’alpinisme, c’est la mise en pratique de connaissances profondes et assumées.

CG: Dieu du ciel! Où est-ce ? Et quel est alors ton plaisir?

LP: (rire) Ton acrophobie[2] est compréhensible. Cette photo a été prise dans la très célèbre voie Rébuffat de la face sud de l’Aiguille du Midi, à Chamonix. En grimpant ces parois verticales, on se retrouve en symbiose avec la nature. Le caillou sur lequel nous grimpons, ainsi que l’environnement alpin qui nous entoure, dégage une puissante énergie qui apporte du bien-être au corps et à l’esprit.

Il se fait tard. Le soleil va bientôt nous quitter.

Nous redescendons en plaine non sans avoir convenu d’un rendez-vous pour que Loïc nous parle de son métier et sa pratique de géologue.

Coucher de soleil sur le Valais suisse.

À suivre…


[1] NDLR néologisme signifiant « être à l’écoute des arbres »

[2] NDLR: L’acrophobie est une phobie très spécifique se caractérisant par la crainte du vide et aussi souvent des hauteurs.